Quelle trajectoire de sortie du charbon pour l'Allemagne ?

L'Allemagne sortira du charbon au plus tard en 2038. Une sortie plus rapide reste possible.

Le plan allemand de sortie du charbon a finalement été adopté début juillet, suivant peu ou prou les recommandations de la Commission « croissance, transformation structurelle et emploi » mise en place par le gouvernement en 2018. Ce plan annonce une nouvelle ère de la politique énergétique de l’Allemagne, qui va devoir accélérer le développement des technologies alternatives alors que ses centrales à charbon sont mises à mal par l’augmentation du prix du CO2. Cette trajectoire devra cependant être encore accélérée si les ambitions climatiques européennes devaient être rehaussées.

 

Le parlement allemand a adopté le 3 juillet le paquet législatif mettant en œuvre le plan allemand de sortie du charbon, mettant fin à de nombreux mois de négociation. Le paquet législatif prendra la forme de deux lois, la loi de sortie du charbon (« Kohleausstiegsgesetz ») et la loi sur le soutien à la transition structurelle des régions charbonnières (« Strukturstärkungsgesetzes Kohleregionen »). Il sera accompagné d’un contrat d’indemnisation de 4,35 milliards d’euros en faveur des énergéticiens RWE et LEAG, opérateurs des centrales au lignite et des mines d’extraction encore en activité en Allemagne, sous réserve d’une autorisation par le Parlement attendue à l’automne. Ce contrat fait en effet débat pour son montant, considéré comme excessif par de nombreux acteurs, et devra encore être autorisé par la Commission européenne en application de la réglementation sur les aides d'État.

La loi de sortie du charbon prévoit une mise à l’arrêt successive des centrales. Le parc disponible devrait passer à 30 GW de centrales à charbon et au lignite en 2022 (à hauteur de 15 GW pour chacune des technologies), contre 38 GW aujourd’hui incluant la centrale à charbon Datteln 4 de 1,1 GW, entrée en opération en mai dernier. Il ne devrait rester en 2030 plus que 8 GW de centrales à charbon et 9 GW au lignite. Toutes les centrales devront être fermées au plus tard en 2038, cette échéance pouvant être avancée (de 3 ans) en fonction des bilans d’étape, prévus d’être menés en 2026, 2029 et 2032. La loi sur le soutien à la transition structurelle prévoit par ailleurs un soutien financier aux régions charbonnières de 40 milliards d’euros jusqu’en 2038 afin de permettre la restructuration de leurs économies.

Les centrales au lignite seront arrêtées selon un échéancier défini dans la loi, pour lesquelles les opérateurs percevront les indemnités négociées, tandis que les centrales à charbon seront mises à l’arrêt suivant des procédures volontaires d’appel d’offres jusqu’en 2027, permettant l’attribution de compensations, puis de manière administrée. Huit procédures seront ainsi organisées jusqu’en 2024, dont la première devrait déjà avoir lieu en septembre prochain (voir calendrier). Ainsi, 4 GW devraient être mis à l’arrêt dès 2020 pour un prix maximum de 165.000 euros par MW de puissance nominale. Le prix maximum attribué descendra jusqu’à 89.000 euros par MW pour les deux derniers appels d’offres en 2023 et 2024, la baisse de l’indemnisation devant inciter les opérateurs à y répondre tôt. Les centrales à charbon restantes après le dernier appel d’offres feront l’objet d’une fermeture administrée sans compensation jusqu’en 2038 selon un ordre dépendant de leur valeur résiduelle. Celle-ci sera déterminée par l’autorité allemande de régulation des réseaux (Bundesnetzagentur) selon la méthode de calcul prévue dans la loi.

Malgré ce calendrier de sortie du charbon, des études ont montré que l'Allemagne n'atteindra pas ses objectifs climatiques pour 2030 (voir analyses menées récemment par Öko-Institut et Prognos). Un rehaussement des ambitions climatiques européennes pour 2030 à -55% d’émissions de GES par rapport à 1990 en vue d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, en cours de négociation entre les Etats membres sous la présidence allemande du Conseil de l’Union européenne, ne ferait que creuser cet écart. Une sortie accélérée du charbon non seulement en Allemagne mais dans toute l’Europe à l’horizon 2030 serait alors nécessaire. La tâche de revoir la trajectoire de sortie du charbon avant les bilans d’étape prévus reviendra au prochain gouvernement allemand, qui entrera en fonction après les élections du Bundestag prévues courant 2021.

La hausse du prix du CO2 dans le système d'échange de quotas d'émission de l'UE (EU ETS) depuis 2018, s’étant récemment stabilisé à 29€/tCO2, met d’ores et déjà les opérateurs de centrales à charbon en difficulté, dont la production a largement baissé en Allemagne en faveur des énergies renouvelables et du gaz (18% de la consommation d’électricité contre 50% pour l’électricité renouvelable et 17% pour le gaz au premier semestre de 2020, voir notre analyse en allemand). Cela pourra faciliter le déroulement des appels d’offres mentionnés plus haut. L’instauration d’un prix plancher dans le marché ETS ainsi qu’un soutien efficace aux investissements verts et pour la transition des régions charbonnières, notamment d’Europe de l’Est, dans le plan de relance et le budget européen actuellement en négociation seraient les bienvenus afin de faciliter la transition énergétique de l’Europe, in fine indispensable à l’atteinte de la neutralité carbone à l’horizon 2050.

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